Basses eaux et Hautes eaux.

Basses eaux, hautes eaux est le cycle annuel de la vie au Cambodge.

jeudi 14 janvier 2010


Hautes eaux.

Nous sommes au tout début de notre incursion au Cambodge, à l’ouest si plat que Brel s’y serait reconnu chez lui ! Aujourd’hui en cette fin novembre, le niveau des eaux est encore haut et recouvre la majorité du pays. La terre est encore gorgée des restes du dernier typhon venu des Philippines...

Repartant de Siam Reap, nous longeons le Tonlé sap, le plus grand lac naturel de l’Asie du sud-est. Oubliez cette image souriante de rives accessibles, avec un petit coin de pèche dans une eau frémissante et transparente. Une vase alluvionnaire brune et pâteuse m’entoure, celle qui sort en forme d’escargot d’entre vos orteils si vous vous aventurez à prendre quelques photos. C’est dans cette eau chargée de boue et des terres rouges des hauts plateaux lointains, qu’inlassablement le pécheur lance son filet épervier qui se déploie telle une toile plombée.

En revenant à sa maison sur pilotis, il arrachera une brassée de racines de lotus, pour que sa femme puisse lui préparer un Nom pan chok samloh prahal, soupe de poisson au curry, noix de coco et nouille de riz, délicieux, comme beaucoup de plats cambodgiens.

Au Cambodge, mis à part en ville toutes les maisons sont sans étage et sur pilotis de cinq à sept mètres de haut. En période de crue et de pluie, les eaux arrivent si haut que même le bétail se retrouve parfois sur la terrasse de cette simple baraque de planche...

Aujourd’hui, tout est calme et tranquille, les eaux ne remplissent que les marigots qui sont devant chaque maison.

Canards, buffles, mais aussi enfants s’y retrouvent pour échapper à la chaleur parfois étouffante qui règne dans le pays, pendant que la mère y nettoie le linge( ?)

Le tour du lac Tonlé Sap nous amène à Kompong Chhnang. C’est un gros bourg très actif, il se trouve au premier rétrécissement du lac qui enfin se transforme en fleuve permettant de fixer une rive, une pagode à l’horizon. Une ruche d’hommes, de femmes s’active sur des pontons branlants ou toutes les variétés de poissons sont à vendre dans d’immenses paniers d’osier. Nous montons dans un des innombrables Tou, bateau taxi pour au fil de l’eau découvrir le village flottant voisin. Essentiellement habité par des familles vietnamiennes, leur ptai (maison) sont faites de bambous fragiles qui à la première mousson seront entièrement détruite. On y est malgré tout rieur, curieux de nous voir les enfants piaillent "hello", le regard des femmes, sans doute résigné en dit long sur les conditions de vie.

Basses eaux.

Depuis trois mois que nous sommes ici, le pays a pris sa couleur de paille et de latérite rouge. Venues du Tibet, les eaux du Mékong ont laissées à nue les rives comme une tranche de gâteau à la crème de plusieurs mètres de haut, ne le laissant le fleuve navigable à Kratcheh qu’aux petites piroges sans tirant. C’est sans doute la raison qui nous permettra de voir les dauphins de l’Irrawaddy, sans difficulté.

Il ne reste pas un endroit inhabité tout au long de cette artère vitale , le Mékong, ou coule une eau à la couleur maintenant ocre, lie de vin. Le chemin qui la longe est lui devenu un enfer pour les habitants. Bucéphale, comme tous les autres camions, y soulève une poussière fine que le vent rabat vers eux, étouffant leurs maisons et toute la végétation.

Cette route éprouvante nous conduit à Stung Treng, dernier gros village au nord avant le Laos. Le remorqueur offert par l’Unicef est à quais, au milieu du Mékong, il ne peut plus naviguer, le niveau a baissé de cinq mètres. Alors on comprend le peu d’activité qui règne ici, faute de commerce possible.

Le Ratanakiri et plus bas le Mondolkiri, couvrent l’est du pays et sont les deux régions les plus reculées du Cambodge. Ce sont près de 600 de kilomètres de pistes ou nous exploserons notre réservoir inox d’eau potable : basses eaux dans le camion ou la poussière règne en maitre ! Nous sommes trimbalés de cul de sac en cul de sac, la piste se rétrécissant pour ne laisser passer que les motos. Les ponts deviennent de plus en plus branlants.

J’en ressors éreinté et déçu, faute d’y avoir trouvé une originalité à ces régions ou la déforestation est un pire fléau que la sécheresse. Les programmes fonciers ici ont transformés en profondeur la physionomie de ces régions encore aujourd’hui vantées à tord par les guides touristiques pour leurs ethnies reculées, disparues devrait-on dire. Démunies, elles sont chassées à coup de bulldozer, par de grosses compagnies (chinoises !) s’appropriant abusivement des dizaines de milliers d’hectares pour y planter des sapins. Ces faits ne sont pas anodins ni inconnus, la presse fait état de ce dramatique bouleversement depuis des années [1]

Retour vers Phnom Penh, le long de la frontière vietnamienne et la province de Prey Veng. Arrêt à 16h en pleine campagne pour la soirée, ce qui est rare depuis que nous sommes au Cambodge, les basses eaux nous favorisent. J’en tire cette galerie. Merci à Dame nature.

Fourbus, nous arriverons à Otres Beach sur les bords de mer pour contempler un mois durant...la marée ! Basses eaux, hautes eaux est le cycle annuel de la vie au Cambodge.

 

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Notes

[1] (Sources : Cambodge Soir 3/02/2005, Wuzhishan grignote peu à peu les collines [Mondolkiri] sous l’œil bienveillant des autorités)

 
 

 

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